La fluctuation des débits influence l’état écologique et chimique des cours d’eau (concentration des polluants et faible oxygénation de l’eau en période d’étiage[1] p. ex.). La mesure des débits est nécessaire non seulement vis-à-vis des objectifs qualitatifs fixés par la directive-cadre sur l’eau 2000/60/CE q, mais également dans le cadre de la gestion des étiages et des crues[2] (directive "Inondation" 2007/60/CE q).

Variations de débit : une dynamique naturelle fortement influencée par les modifications anthropiques des bassins versants et des cours d’eau

Les variations de débits sont des phénomènes naturels liés avant tout à la fréquence et à l’intensité des précipitations. L'ampleur et la rapidité de ces variations dépendent des caractéristiques des bassins versants et des cours d'eau, souvent marqués par des modifications d’origine anthropique.

Parmi les caractéristiques des bassins versants, outre la topographie, la capacité d'infiltration de l'eau dans le sol joue un rôle déterminant. C’est particulièrement vrai en période de fortes précipitations : une faible capacité d'infiltration accentue le ruissellement à la surface du sol, ce qui augmente la vitesse avec laquelle les eaux rejoignent les fonds de vallée. Cette capacité d’infiltration est principalement influencée par :

  • les propriétés du sol et le type de couvert végétal ;
  • le degré d’artificialisation[3], qui implique une imperméabilisation des sols[4] et un entrainement rapide des eaux vers l’aval, via notamment le réseau d’égouttage ;
  • les pratiques agricoles (travail du sol, assolement …), qui peuvent favoriser l’infiltration ou la freiner, p. ex. à cause de phénomènes de compaction q ;
  • les aménagements éventuellement mis en place pour augmenter l’infiltration (revêtements perméables p. ex.) ou réduire le ruissellement (talus et fossés p. ex.).

Parmi les caractéristiques des cours d’eau susceptibles d'influencer les débits, outre la présence d'un lit majeur (plaine inondable) p. ex., les modifications apportées à leur morphologie (simplification du linéaire, construction d’ouvrages d’art …) q jouent un rôle important ; il en va de même pour les prélèvements en eau q.

Des débits très contrastés sur le territoire

En 2024, les débits médians (DM)[5] les plus élevés ont été mesurés sur la basse Meuse (288,9 m³/s), la Meuse moyenne (245,3 m³/s) et la haute Meuse (185,6 m³/s). La Senne (bassin hydrographique de l’Escaut) présentait le DM le plus faible (3,1 m³/s). Cette grande variabilité traduit la diversité de la superficie des bassins versants.

Débits médians* des principaux cours d’eau** en Wallonie (2024)

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* Le débit médian (DM) correspond à la valeur médiane des 365 débits journaliers de l’année considérée. Il caractérise la situation annuelle.

** Cours d’eau de rang le plus élevé à l’échelle du sous-bassin hydrographique (exception pour le sous-bassin "Semois-Chiers" avec les 2 principaux cours d'eau).

 

De fortes variations au cours d’une année

À côté du DM, d’autres paramètres statistiques sont utilisés pour suivre les débits. Ainsi, le débit caractéristique d’étiage (DCE)[6] est un paramètre utilisé pour caractériser l’importance des faibles débits d’un cours d’eau, représentatif des basses eaux, tandis que le débit caractéristique de crue (DCC)[7] est un paramètre représentatif des hautes eaux. En 2024, les DCE s’échelonnaient de 0,7 m³/s sur l’Our (bassin hydrographique du Rhin, sous-bassin de la Moselle), soit environ 10 % de son DM, à 77,6 m³/s sur la Meuse moyenne, ce qui représentait environ 32 % de son DM. La faiblesse des débits en période de sécheresse dépend des conditions climatiques et de l’intensité des prélèvements, mais aussi des possibilités d’alimentation du cours d’eau par les eaux souterraines. Les DCC variaient quant à eux entre 1 135,7 m3/s sur la basse Meuse (3,9 fois son DM) et 10,2 m3/s sur la Dyle (bassin hydrographique de l’Escaut) (2,8 fois son DM). L’importance des DCC est fonction des caractéristiques des précipitations, des bassins versants et des cours d’eau. Les épisodes de crues sont parfois associés à des inondations, lorsque les eaux débordent du lit mineur et submergent les terres environnantes.

Débit médian (DM)*, débit caractéristique d’étiage (DCE)** et débit caractéristique de crue (DCC)*** des principaux cours d’eau de Wallonie**** (2024)

Bassin hydrographique Sous-bassin hydrographique Cours d'eau DM* DCE** DCC***
(m3/s) (m3/s) (m3/s)
Meuse Meuse aval Basse Meuse

288,9

50,8

1 135,7

  Meuse amont Meuse moyenne

245,3

77,6

937,5

  Meuse amont Haute Meuse

185,6

55,1

647,2

   Ourthe Ourthe

67,1

18,8

247,9

  Semois-Chiers Semois

29,8

6,0

177,4

  Sambre Sambre (exutoire)

29,1

10,5

131,1

  Amblève Amblève

23,7

5,0

85,2

  Lesse Lesse

18,9

4,0

93,7

  Semois-Chiers Chiers

18,1

7,9

62,7

  Vesdre Vesdre

12,7

4,9

54,2

  Sambre Sambre (entrée)

11,0

3,0

68,6

Escaut Escaut-Lys Escaut (sortie)

32,7

17,8

102,4

  Escaut-Lys Escaut (entrée)

28,1

15,3

87,9

  Haine Haine

7,5

4,0

30,7

  Dendre Dendre

6,5

2,3

43,8

  Dyle-Gette Dyle

3,7

2,5

10,2

  Senne Senne

3,1

0,9

21,5

Rhin Moselle Our

6,9

0,7

33,3

     

* Le DM correspond à la valeur médiane des 365 débits journaliers de l’année considérée. Il caractérise la situation annuelle.

** Le DCE correspond au débit journalier qui n’est pas atteint 10 jours par an. Il s’agit d’une valeur statistique utilisée pour caractériser l’importance des étiages d’un cours d’eau.

*** Le DCC correspond au débit journalier qui est dépassé 10 jours par an. Il s’agit d’une valeur statistique utilisée pour caractériser l’importance des crues.

**** Cours d’eau de rang le plus élevé à l’échelle du sous-bassin hydrographique (exception pour le sous-bassin "Semois-Chiers" avec les 2 principaux cours d'eau).

 

Une forte variabilité interannuelle des DM

Au cours de la période 1990 - 2024, les DM mesurés sur les principaux cours d’eau wallons ont fait l’objet de variations interannuelles importantes, fortement liées aux précipitations annuelles q. Pour la plupart des cours d’eau du bassin hydrographique de la Meuse, les DM les plus élevés ont été observés le plus souvent au cours des années 2000, 2001 et 2024 , tandis que les DM les plus faibles ont été enregistrés le plus souvent en 1996, 2011, et 2022. Au niveau du bassin hydrographique de l’Escaut, les DM les plus élevés ont été observés le plus souvent au cours des années 2001, 2002 et 2024, les DM les plus faibles étant enregistrés le plus souvent en 2017, 2018 et 2022.

Pour de nombreux cours d’eau wallons, sur la période 1990 - 2024, les débits maximum journaliers les plus élevés ont été atteints en juillet 2021. Ainsi, par exemple, le débit maximum journalier de l’Ourthe en juillet 2021 a été estimé à environ 30 fois son DM et celui de la Vesdre à 43 fois son DM[8]. Les variations peuvent entraîner des conséquences importantes sur la faune et la flore aquatique et la qualité des eaux de surfaces. Les cours d’eau à faible DM sont particulièrement sensibles à ces variations brusques de débit q.

Débits médians* annuels des principaux cours d'eau** des bassins hydrographiques de la Meuse (1990 - 2024)

Débits médians* annuels des principaux cours d'eau** des bassins hydrographiques de la Meuse (1990 - 2024)

Débits médians* annuels des principaux cours d'eau** des bassins hydrographiques de la Meuse (1990 - 2024)

* Le débit médian correspond à la valeur médiane des 365 débits journaliers de l’année considérée. Il caractérise la situation annuelle.

** Cours d’eau de rang le plus élevé à l’échelle du sous-bassin hydrographique (exception pour le sous-bassin "Semois-Chiers" avec les 2 principaux cours d'eau).

* Le débit médian correspond à la valeur médiane des 365 débits journaliers de l’année considérée. Il caractérise la situation annuelle.

** Cours d’eau de rang le plus élevé à l’échelle du sous-bassin hydrographique (exception pour le sous-bassin "Semois-Chiers" avec les 2 principaux cours d'eau).

 

Débits médians* annuels des principaux cours d’eau** du bassin hydrographique de l'Escaut et du Rhin (1990 - 2024)

Débits médians* annuels des principaux cours d’eau** du bassin hydrographique de l'Escaut et du Rhin (1990 - 2024)

Débits médians* annuels des principaux cours d’eau** du bassin hydrographique de l'Escaut et du Rhin (1990 - 2024)

* Le débit médian correspond à la valeur médiane des 365 débits journaliers de l’année considérée. Il caractérise la situation annuelle.

** Cours d’eau de rang le plus élevé à l’échelle du sous-bassin hydrographique.

*** Les stations de mesure n’étaient pas pleinement opérationnelles avant l'année 2000.

* Le débit médian correspond à la valeur médiane des 365 débits journaliers de l’année considérée. Il caractérise la situation annuelle.

** Cours d’eau de rang le plus élevé à l’échelle du sous-bassin hydrographique.

*** Les stations de mesure n’étaient pas pleinement opérationnelles avant l'année 2000.

 

Prévenir et gérer les périodes de crises

Des outils ont été mis en place en Wallonie afin de tenter de maintenir un débit minimum dans les cours d’eau. Les plans de gestion des districts hydrographiques (PGDH) 2022 - 2027 q comprennent ainsi une série de mesures (par. ex. finalisation et complétude de l’assainissement collectif, renforcer les contrôles des conditions fixées dans le permis d’environnement, couvert végétalisé le long des cours d'eau …) visant à réguler les usages et demandes en eau et à protéger la ressource. Ces mesures sont regroupées au sein de la "Stratégie intégrale sécheresse"[9].

En ce qui concerne la gestion des crues, le Gouvernement wallon a approuvé en 2023 les Plans de gestion des risques d’inondation (PGRI) 2022 - 2027 q. Ces plans constituent un catalogue de mesures comprenant des actions de prévention (informations sur les risques p. ex.), de protection (conservation de zones naturelles d’expansion de crues p. ex.), de préparation (dispositifs d’alerte p. ex.) et de réparation et analyse post-crise (mesures de soutien financier aux sinistrés p. ex.).

Pour prévenir les crises, le SPW Mobilité et infrastructures réalise des prévisions hydrologiques[10] et diffuse les alertes au Centre de Coordination des Risques et de la Transmission d’Expertise (CORTEX) qui les transmet aux autorités compétentes. Selon le GIEC(c), la fréquence et l’intensité des épisodes météorologiques extrêmes va continuer à s’accroître dans l’avenir, avec comme corollaire une augmentation de leurs impacts : épisodes de sécheresse et crues. Dans ce contexte, différentes priorités se dégagent(d) : lutter contre les changements climatiques par la réduction des émissions de gaz à effet de serre q, adapter le territoire wallon et ses infrastructures (assurer un fonctionnement optimal des infrastructures, équipements et outils utilisés ; s’assurer de la prise en compte des risques d’inondations pour les travaux d’aménagement du territoire …), anticiper et gérer les crises de façon efficace.

 

[1] Un étiage correspond au niveau le plus bas atteint par un cours d’eau, lorsque tout écoulement de surface a cessé et qu’il n’est plus alimenté que par le débit de base en provenance des eaux souterraines. Les étiages sont dus à des sécheresses prolongées qu’aggravent des températures élevées.

[2] Une crue correspond à une augmentation relativement brutale du débit et par conséquent de la hauteur du niveau d’eau d’un cours d’eau, suite à un apport important en eau consécutif à une période exceptionnelle de précipitations ou de fonte de neige.

[3] L’artificialisation est le fait de soustraire des surfaces de leur état naturel, forestier ou agricole, qu’elles soient ensuite bâties ou non et revêtues (p. ex. parking) ou non (p. ex. jardin de maison pavillonnaire). Les surfaces artificialisées incluent donc également les espaces artificialisés non bâtis(a).

[4] L’imperméabilisation des sols consiste en la couverture du sol par des matériaux empêchant (plus ou moins) l’absorption de l’eau. Il s’agit d’un changement de l’occupation du sol qui accompagne fréquemment les processus d’urbanisation(b).

[5] Le DM correspond à la valeur médiane des 365 débits journaliers de l’année considérée. Il caractérise la situation annuelle.

[6] Le DCE correspond au débit journalier qui n’est pas atteint 10 jours par an.

[7] Le DCC correspond au débit journalier qui est dépassé 10 jours par an.

[8] Vu l’extrême violence et l’ampleur de la crue de juillet 2021, la plupart des stations de mesure ont été noyées ou détruites, empêchant une mesure précise des débits.

[9] La Stratégie intégrale sécheresse (SIS) repose sur deux piliers : un dispositif sécheresse, qui comprend des mesures portant sur la résilience et la gestion de la demande, et le Schéma régional des ressources en eau, qui vise à sécuriser l’alimentation en eau et à exploiter durablement la ressource.

[10] Les prévisions hydrologiques, effectuées par la Direction de la gestion hydrologique, sont basées sur l’observation des données hydrologiques, sur les prévisions météorologiques (via une collaboration avec l’IRM) ainsi que sur des modèles mathématiques.

Évaluation

4ea9dc8c-0ba9-40aa-98b8-e74e33e2ef9a Évaluation de l'état non pertinente et évaluation de la tendance non pertinente

Évaluation non pertinente

Sans objet.

Évaluation non pertinente

Sans objet.

Évaluation

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